Nous sommes le 23 du mois de juin 2016 et l’Europe est sous le choc. Après un référendum organisé par l’ancien Premier ministre David Cameron, les chiffres sont accablants. 51,9% des Britanniques ont choisi de quitter l’UE. Le camp du « Leave » l’a emporté et le Brexit est officiel ! Une révolution est en marche et les conclusions de cette décision ne manqueront pas d’affluer. Parmi elles, celle des noms de domaine en .eu. On vous explique.

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Pour cette grande décision, la participation a été supérieure à 72%, un record pour le pays. (Source : Toutel’Europe.eu)

Épisode 1 : Le Royaume-Uni prend un coup numérique sur la tête

Le Royaume-Uni n’est plus éligible pour enregistrer un nom de domaine en .eu

La décision du Royaume-Uni de quitter l’UE a provoqué de bien grandes retombées. Pas seulement sociétales ou encore économiques (bien que flagrantes), c’est face à une crise numérique que les Britanniques ont été confrontés. Et pas des moindres puisqu’ils ont notamment perdu le droit d’utiliser les noms de domaine en .eu pour leurs sites Web.

Pour faire suite au Brexit, les entreprises et sociétés britanniques ont dû migrer leurs noms de domaine en .eu pour ne pas les voir révoqués par la Commission Européenne.

« Ces enseignes devront tout recommencer à zéro pour se faire référencer »

Source : La Commission européenne

Si ce premier coup dur fut largement pris au sérieux par toutes les entités britanniques, la conséquence de cette crise numérique s’est avérée, en fait, plus importante. Quatrième au rang des États membres comptant le plus grand nombre de titulaires de noms de domaine en « .eu », le Royaume-Uni s’est donc vu confronter à une véritable crise numérique identitaire. 

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Plus de 300 000 domaines ont été affectés par cette mesure, ce qui représenterait un dixième de tous les domaines en .eu. (Source : PresseCitron)

Le Royaume-Uni interdit de renouveler ses noms de domaine enregistrés avant la date de retrait

Des conséquences désastreuses pour les e-commerce du Royaume-Uni

S’il avait une date butoir pour migrer ses noms de domaine vers d’autres qui ne finissaient pas en .eu, le Royaume-Uni a souffert de ce phénomène. À ce titre, la Commission européenne avait été plus que claire.

« À compter de la date de retrait, les entreprises et organisations établies au Royaume-Uni mais pas dans l’UE et les personnes physiques résidant au Royaume-Uni ne seront plus éligibles à l’enregistrement des noms de domaine .EU et, si elles sont titulaires de tels noms de domaine, elles ne seront plus autorisées à les renouveler »

Mais alors, quelles ont été les véritables conséquences ressenties par les e-commerce du Royaume-Uni et par la domainosphère ? Qu’ont dû prévoir les entreprises et particuliers britanniques suite à cette décision ?

  • Un remaniement complet des stratégies de référencement sur les moteurs de recherche,
  • Une sécurisation totale de leurs sites Web pour éviter le cybersquattage par un tiers européen qui aurait, lui, le droit de disposer d’un nom de domaine en .eu,
  • Une incidence sur les communications par e-mails des sociétés (notamment pour les clients et les fournisseurs),
  • Une modification/refonte complète de leur identité visuelle (plaquettes, affichages…).

Épisode 2 : Le Royaume-Uni cherche des solutions viables

Le transfert de nom de domaine

Pour éviter un vent de panique, le Royaume-Uni a fait preuve d’ingéniosité concernant des solutions viables sur le moyen terme. Le transfert de nom de domaine en a fait partie, parmi d’autres alternatives. Une tendance qui n’a pas fait décroître l’enregistrement des noms de domaine en .eu en 2018.

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(Source : EURid, l’association chargée de gérer le .eu) 

Pour cette solution, les sociétés et particuliers ont pu transférer leurs noms de domaine à un tiers de confiance éligible. Cette transition s’est faite de manière provisoire et sans en transférer le droit de propriété.

Pourquoi avoir recours à une telle solution ? Les Britanniques sont, en effet, restés optimistes à l’idée de trouver un accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Ils ont également émis l’hypothèse que le projet de réforme du .EU élargirait les conditions d’éligibilité aux noms de domaine .EU dans un sens favorable aux Britanniques.

En Estonie avec le visa e-résidents

Une seconde possibilité s’est aussi imposée aux Britanniques. Celle des visas e-résidents proposés en Estonie. Pour les sociétés et les particuliers qui souhaitent garder un pied (ou même un orteil) dans l’Union européenne, il leur est possible de donner vie à une petite entreprise dans un État membre. Ici, l’Estonie.

Le pays d’Europe du Nord propose, en effet, un programme d’e-citoyenneté qui permet de créer une entreprise dans le pays ou de bénéficier de certains avantages de l’UE sans y être physiquement présent.

Le nom de brexit.eu est encore à vendre

Pour ceux qui souhaiteraient surfer « sur la tendance », sachez que le nom brexit.eu est encore à vendre pour la modique somme de 11 999 euros.

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(Source : Brexit.eu)

Une aubaine qui pourrait intéresser bon nombre ! Pour la partie chiffres, il faut savoir que l’extension en .eu bénéficie d’une certaine notoriété, 70 % des internautes européens la reconnaissent. Rapidomaine s’est d’ailleurs penché sur la question des règles d’un nom de domaine en .eu.

Le site Safe Brands rappelle, tout de même, que « à compter du 30 mars 2019, minuit : aucun enregistrement possible d’un nouveau nom de domaine pour lequel le code pays du déclarant est GB ou GI ». À prendre avec des pincettes donc !

Épisode 3 : Une crise numérique désamorcée

La Commission européenne élargit les conditions d’accès aux noms de domaines en .eu

Si, sur le coup du Brexit, le Royaume-Uni a dû prendre des mesures rapides et radicales, la crise semble aujourd’hui se désamorcer. Pour assouplir les règles, la Commission européenne a revu les conditions d’accès aux noms de domaine en .eu.

Ainsi, depuis avril 2018, les noms de domaines en .eu sont accessibles aux résidents de l’Espace économique européen et non uniquement aux résidents de l’Union européenne. L’information avait notamment été délivrée par voie de communiqué de presse.

Sur son site Internet, la Commission européenne a notamment publié une infographie expliquant :

  • Le domaine .eu,
  • Son importance,
  • Les changements introduits par la révision du règlement.
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(Source : Ec.europa.eu)

Si une bataille a été menée de front par l’EURid, le combat pour « la liberté des noms de domaines en .eu » s’annonce encore très long. Et pour cause, bien décidée à taper du poing sur la table, la Commission européenne ne prévoit pas (du moins, pour le moment) d’autres mesures d’assouplissement. La lutte est définitivement lancée entre les deux entités…

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La décision du Brexit par le Royaume-Uni a fait grand bruit et ce sur de très nombreux points. De son côté, le numérique britannique a quelque peu pris un coup dans l’aile, l’obligeant à redoubler d’efforts pour ne pas tout perdre. Si un certain terrain d’entente a désormais été trouvé avec la Commission européenne, les armes ne sont tout de même pas encore déposées. Nous sommes le 29 du mois de mars 2019 et nous n’avons pas fini d’entendre parler des noms de domaine en .eu…